Apparemment, nous sommes dans l’ère du tout-image. C’est un fait, il n’y a jamais eu autant d’images fabriquées, d’images diffusées, d’images postées, d’images reçues, d’images adorées. Mais ce tout-image n’est-il pas le signe d’un tout à l’ego ? Cela n’est pas impossible, en effet, que cette prolifération des images soit le symptôme d’un appétit non tant de voir et connaître le monde, voire de s’interroger sur lui et à son propos, que de se voir, ou plutôt de voir sa propre image à travers les images du monde : le narcissisme des hommes face aux images mettrait en danger non seulement l’image, mais aussi les hommes, car cela les plongerait dans l’amour de leur propre image - en leur faisant croire que c’est l’amour de soi ; l’égoïsme n’est peut-être pas honorable moralement, mais est moins illusoire. D’où l’aliénation des hommes qui croiraient - grâce à l’image - s’intéresser au monde, aux autres, à leur moi, alors qu’ils seraient prisonniers de leur propre image ou, pire, de le...